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Version 2, avril 2007

Biographie sommaire

Une jeunesse militante -et déjà poétique...

Mon père, Lucien Louis ANDRÉ naît à Haine-Saint-Pierre(Province de Hainaut, Belgique) le 6 décembre 1918.  Il est issu d’un milieu ouvrier, profondément «marqué à Gauche», comme on dirait aujourd'hui. Son grand-père, en effet, fut un des fondateurs du Parti Ouvrier Belge (le P.O.B., futur Parti Socialiste Belge -P.S.B., puis PS tout court...).  Son père, Maurice André, ancien ouvrier métallurgiste, fut un des créateurs -et le premier administrateur civil- de la clinique des Mutualités Socialistes de La Hestre (Prov. du Hainaut, Belgique), actuellement département du Centre Hospitalier Universitaire du Tivoli à La Louvière.

Élève à l’Athénée de Morlanwelz, fondé par l’industriel Raoul Warocqué, Lucien André militera dans la Jeune Garde Socialiste (J.G.S.) : il y sera Secrétaire de Section, dès 1932.  En outre, partisan -et artisan- de l’unité avec les Jeunesses Communistes Belges, il aidera à la création d’une section locale des Faucons Rouges, puis deviendra secrétaire des J.G.S.U. (Jeunes Gardes Socialistes Unifiées) de Haine-Saint-Pierre.  Parallèlement, il commence à s’intéresser au théâtre -par le biais des théâtres des Maisons du Peuple de  Jolimont et d’Haine-Saint-Pierre, où ses oncles faisaient représenter des revues locales ou  d’actualité dont ils étaient les auteurs.

C’est vers cette époque, sous l’influence de Charles Plisnier et Achille Chavée, qu’il rencontrera et avec qui il entretiendra (du moins pendant un temps) une correspondance, que Lucien André commence à écrire : poèmes et chœurs parlés.  Si les premiers sont  influencés tantôt par le Surréalisme, tantôt par la culture populaire et ouvrière à laquelle il semble s’être intéressé très tôt, tantôt par les traditions (tant familiale que politique) des luttes sociales du XIXème et du début du XXème siècle, les seconds, d’inspiration véritablement sociale et politique, sont «en prise directe» avec l'actualité de l'époque.   Sans oublier «un roman et demi», dont l'action se déroule dans le milieu ouvrier qu'il connaît bien.

Avec quelques camarades des J.G.S.U., il organise alors le groupe culturel Komintern -ce qui causera un certain scandale dans la famille : chez les André-Miche, on est Socialistes, et le Komintern, ce sont les Communistes, dont il se sent de plus en plus proche.  Ce groupe semble avoir joué un certain rôle de «soutien culturel» lors des grèves qui toucheront la Belgique en 1936.

Après le décès de son père, survenu après les grèves de 1936, et s'être vu refuser un engagement dans les Brigades Internationales (1), il quitte la région du Centre pour Bruxelles.  Il militera alors aux J.G.S.U. d’Ixelles, tout en assistant aux réunions de la section du Parti Communiste Belge de cette même commune.  Aide-comptable à l’Union nationale des Mutualités socialistes, il est obligé de quitter Bruxelles pour Waterloo -pour raisons de santé.  C’est là que la guerre le rattrape, pour l’envoyer sur les routes de France (et de Navarre) -en compagnie, notamment, de Pol Bury, son ami d’enfance- qui deviendra le célèbre sculpteur.



Un poète dans la guerre.

Le groupe dont fait partie Lucien André se retrouve à Toulouse, d’où il est expédié dans le Lot, à Marcilhac-sur-Célé, pour aider aux travaux agricoles.  L’équipée durera quelques mois après lesquels il revient en Belgique.  Il épouse alors la pianiste Marcelle Mercenier, dont il divorcera après la guerre pour épouser la fille cadette du peintre Franz Van Montfort, Judith, née comme lui le 6 décembre 1918 (2), et qu’il avait rencontrée durant la guerre.

La première expérience de Lucien André dans la Résistance (un élevage de poulets à Ohain pour assurer la subsistance de résistants communistes) est un échec.  Il entre alors comme employé au Service du ravitaillement à Ohain : il est probablement un des artisans du cambriolage de ce service dans le courant de 1941.  En 1943, il devient courrier des Partisans Armés (Front de l’Indépendance) pour le Sud de la Belgique.  Après juillet 1943 et la vague d’arrestations qui ont pratiquement décapité le P.C.B. et les Partisans Armés, Lucien André -désormais le «Commandant Claude»- prend le commandement du corps des P.A. de Verviers, qu’il devra quitter précipitamment en janvier 1944.  Parallèlement à ses activités de Résistant, il entreprend la rédaction d’un grand chœur parlé en prose poétique : le «Roman Partisan», qu’il signera de son nom de guerre, «Commandant Claude». 

Il revient alors à Bruxelles, où la capitulation allemande le retrouvera le 8 (ou le 9) mai 1945.  Une de ses dernières actions comme Partisan Armé -mais ce jour-là sans armes- sera sa participation à ce que d’aucuns ont considéré (avec l’appui bienveillant des U.S.A. ?) être une tentative de coup d’État communiste : la journée de 25 novembre 1944, qui n’était -en réalité- qu’une manifestation pacifique visant à l’établissement d’un régime réellement démocratique en Belgique.   Il en tirera un chœur parlé, qui sera représenté au Cirque Royal.

De cette époque de la fin de la guerre date une collaboration avec Paul Meyer, avec qui -histoire de remonter le moral des habitants de Bruxelles- il ira représenter un chœur parlé traitant de l’offensive des Ardennes.  Cette collaboration durera quelques années.



De l'inconvénient d'être fidèle à ses amis...

En 1946, Lucien André et Judith Van Montfort quittent la Belgique.  Direction : la Yougoslavie, où ils travailleront quelques mois. En effet, pour l’aider à réparer les destructions systématiques opérées par les fascistes de tous poils (Allemands, Italiens, Croates, Bosniaques...), Tito a fait appel aux «Partis frères», qui organisent des Brigades Internationales civiles.  Il écrira -un peu- là-bas.  Comme on lui a volé son appareil photo à Rotterdam peu avant le départ, mais qu’il a aussi un assez joli coup de pinceau, il réalisera quelques aquarelles en Yougoslavie.  Cette expédition vaudra à Lucien André de se faire expulser du P.C.B. à son retour : il est suspecté de «titisme» -et les relations entre Staline et Tito sont alors pour le moins tendues...



Poète et agitateur culturel.

En 1946 aussi, il participe à l’organisation du Cercle Littéraire de l’Université Libre de Bruxelles.   De même, quelque temps après son retour de Yougoslavie, il créera avec Judith Van Montfort et quelques amis la «Compagnie des Frères Guignol», théâtre de marionnettes pour lequel il écrira quelques textes.  L’art de la marionnette comme les traditions populaires l’intéressant au plus haut point, il écrira aussi une «Nativité» pour le Théâtre de Toone (le vrai, l’authentique, celui des Marolles et des environs de la place de la Chapelle), qui sera représentée -en Bruxellois- durant quelques années (3).   Enfin, vers le milieu des années 1950, il créera le groupe «La Veillée», qui -par le biais de montages audiovisuels, des marionnettes, des ombres chinoises et (souvent) grâce à un savant mélange des trois- assurera des animations dans les Bibliothèques Publiques, les Maisons de la Culture et les Maisons du Peuple, à Bruxelles et en Belgique francophone.

Employé au Ministère des Travaux Publics, Département des Dommages de Guerre, mon père deviendra, en 1958, Inspecteur des Bibliothèques Publiques à ce qui était encore alors le Ministère de l’Instruction Publique.   Nous quitterons alors Bruxelles pour la Province de Luxembourg, qui est celle pour laquelle il a été désigné.  Parallèlement à son activité «normale» d’inspection «des Bibliothèques-Publiques-et-des-œuvres d’Éducation populaire», Monsieur l’Inspecteur organisera des stages de formation d’animateurs socioculturels, aidé en cela par des instructeurs des C.E.M.E.A. (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active) et par des «anciens» de «La Veillée».  De même, sous l’impulsion et avec l’appui d’un Directeur Général particulièrement dynamique -Marcel Hicter- il organisera le tout premier «bibliobus» de ce qui était entre-temps devenu le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Culture.

Sans oublier, non plus, la participation à la création, au tout début des années '60, du groupe de danses folkloriques de Marche-en-Famenne, «La Plovinète» («la petite pluie de printemps»), au sein duquel il aura même un rôle actif.  Pour des raisons qui sont toujours demeurées (officiellement) obscures, il quittera le groupe en 1964.  Ce qui m'obligera à faire la même chose...

Ces multiples activités n’empêchent pas mon père d’écrire.   En fait, il semble n’avoir jamais arrêté (ou si peu), depuis ses premiers poèmes de 1934 : peut-être même en existe-t-il de plus anciens...   Par contre, il publie peu - trop peu : excès de modestie ou perfectionnisme ?



Une séparation incompréhensible
-et la fin.

En 1974, Lucien André et Judith Van Montfort se séparent -à la grande surprise, au grand chagrin et (parfois) à la grande colère, mais surtout à l’incompréhension générale de leurs proches et de leurs amis.  Il est alors Inspecteur Principal à la Direction Générale de la Culture, et va s’installer à Liège.   Pensionné, mon père -que je vois malheureusement trop rarement- sera obligé, pour diverses raisons, de quitter Liège pour une maison de repos à Spa, où il résidera jusqu’à son décès -subit- à Verviers, le 13 septembre 1991.

Frédéric ANDRÉ.



BIBLIOGRAPHIE :

A. LUCIEN ANDRÉ A PUBLIÉ :
En 1950 : Chansons pour Nausicaa (4), aux Cahiers de la Poésie Nouvelle (Namur).
En 1953 : Le Pain partagé (illustrations de Franz Van Montfort), aux Éditions du C.E.L.F. -Cahiers de la Tour de Babel (Malines), Prix Max Rose 1952
En 1965 : Le jeu de l’Aube (préface de Marcel Hicter; illustrations : reproduction photographiques N/B de tapisseries d’Edmond Dubrunfaut), aux Éditions «La Dryade» (Virton)
En 1979 : Agenda volontaire (fragments) (5), texte polycopié
En 1981 : le «Roman Partisan» paraît dans les numéros 6 / 7 / 8 / 9 de la «Rue des Usines»

B. LUCIEN ANDRÉ A PARTICIPÉ AUX RECUEILS :
En 1946 : Trente-Deux poèmes de guerre et d’amour (préface de Frans Hellens), Éditions du Cercle Littéraire de l’Université Libre de Bruxelles
Poèmes :
1. Ce n’était plus les mêmes mots...
2. et le ciel est tombé aussi bas / que la peine des hommes...
3. Ballade pour une pluie d’été
4. LE DROIT de marcher dans les rues...
En 1950 : Anthologie de la Paix des Jeunes Poètes Français de Belgique, aux Cahiers de la Poésie Nouvelle (Namur)
Poèmes :
1. Double ballade pour Jean-Renaud (6)
2. Hier, les meilleurs des nôtres...
3. L’Homme
4. la Vierge à l’Enfant -1949 / poème-légende pour un tableau de Carl Rabus
En 1963 : -Prix Max Rose de poésie- Anthologie du XXème Anniversaire (Avant-dire de Jean Cocteau, préface de Marcel Thiry), aux Éditions «La Rose et l’Olivier» (Bruxelles)
Poèmes :
1. Cette petite fille l’Espérance (extrait du Pain Partagé)
2. Un nom d’enfant a beaucoup d’importance... (extrait de Poèmes Réalisés Poèmes Réalisables) (7)
3. Du soleil fondu sera versé dans les yeux des aveugles.... (8)
4. De grands oiseaux jouent au cerf-volant... (9)


Notes

(1) Il existe deux explications -qui ne sont pas incompatibles- à ce refus : celle de mon père, qui m’a toujours expliqué que «le Parti» lui avait interdit de partir parce qu’il devait aider sa mère et sa sœur, et «l’officielle» : il était, tout simplement, trop jeune. re appel note

(2) Je ne sais plus à quelle occasion mes (futurs) parents avaient dû exhiber leurs cartes d’identité authentiques : au vu des dates de naissances, ils étaient chacun persuadé que la carte de l’autre était fausse ! Le hasard ne faisant jamais les choses à moitié, qu’il me soit permis d’ajouter que je suis, moi aussi, né un 6 décembre... re appel note

(3) Très exactement : jusqu'à la démolition de ce chef-d'œuvre d'architecture qu'était la Maison du Peuple de Victor Horta et d'une partie du quartier environnant. Ainsi disparut le «Coup de Lune», cabaret qui avait vu les débuts d'un certain Jacques Brel. re appel note

(4) Le projet de recueil était intitulé : Chansons pour Nausicaa et mes camarades. re appel note

(5) «Cette édition a été réalisée de quelques poèmes de L. L. ANDRÉ Inspecteur principal de la Jeunesse et des Loisirs en connivence avec les Foyers Culturels de Haine-saint-Pierre et de Seraing, à l’occasion de la deuxième fête du May à Haine-Saint-Pierre les 25, 26 et 27 mai 1979...» re appel note

(6) Texte écrit «en mémoire de Bruno Weingast «Jean» attaché à l’État-Major National des Partisans Belges» re appel note

(7) À MA CONNAISSANCE, ce recueil n’a jamais été publié. re appel note

(8) Paru dans «Le jeu de l’Aube» re appel note

(9) idem. re appel note



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5/03/08