
CHŒURS PARLÉSLucien André répond, en 1981, aux questions de Richard Kalicz(extraits) : «J’ai alors rencontré Plisnier, Achille Chavée, tout cela m’a poussé à écrire des chœurs parlés pour les cercles des Jeunes Gardes Socialistes et pour les Jeunes Gardes Socialistes Unifiées à destination des meetings. C’était des moments extraordinaires, voir un langage poétique servir de véhicule à tout ce qui flottait dans l’air, à toutes les espérances de l’époque.» - Quels étaient les sujets de ces œuvres de circonstance ? «En général, on parlait de l’avancée de la classe ouvrière. Il y avait des textes de commande : je me souviens d’une soirée commémorative Jean Jaurès. J’ai écrit un chœur parlé sur Jean Jaurès qui a été joué à la Maison du Peuple de Haine-Saint-Pierre. Un autre appelé Grisou, suite à un acciedent de mine dans la région. Ces textes sont évidemment perdus. «Disons que dans l’ensemble, le spectacle avait une portée globale et faisait tremplin pour l’orateur politique : nous étions les variétés, la vedette américaine du meeting. «Nous avions constitué un groupe culturel appelé Komintern, titre repris d’une chanson, sans trop bien savoir ce que cela voulait dire. Je me suis fait "engueuler" par mon oncle, c’était l’Internationale Communiste et non pas Socialiste. «Puis nous avons joué des textes d’Aygueparse, Arthur Haulot. Le chœur parlé avait une grande audience. La forme était pratique, mobile. On arrivait sur une place publique et il ne nous fallait presque rien pour faire un spectacle. Les Jocistes utilisaient des méthodes assez semblables pour rénover le culte catholique. Le but de ce théâtre : apporter un aliment au mouvement ouvrier, le porter. «Voir une région industrielle en grève, voir arriver les gendarmes appelait une riposte, un souffle poétique. «Je me souviens des vers d’Achille Chavée : "Oh, mon pays, je ne t’aime jamais que pour ces temps fervents de grève générale où toute activité décidément suspendue…" «Cela traduisait bien le sentiment et l’effervescence de l’époque.» --------------------------------------- - A la Libération s’ouvre une autre époque. Vous collaborez au théâtre de Paul Meyer. «Oui, Paul Meyer voulait un théâtre politique au sein du Mouvement Communiste. Il était rattaché à la Fédération Bruxelloise du Parti. Nous étions une dizaine et je travaillais à la commande. J’ai écrit des textes sur l’Armée Rouge et puis un chœur parlé sur les événements du 25 novembre à la rue de la Loi. (…) «Ce chœur parlé, nous l’avons joué à un meeting de protestation au Cirque Royal. Ça se terminait de manièree un peu plate par "Démission Pierlot", une fin politique et non poétique. Mais toute la salle reprenait les phrases et cela faisait un chahut extraordinaire. C’est à peu près le défaut et l’impact du chœur parlé. Ensuite, toujours avec Paul Meyer, on a riposté à l’offensive des Ardennes. Le Parti Communiste nous a demandé de remonter le moral des citadins. Fin 44, la nuit de Noël, nous sommes allés à pied, à six ou sept dans Bruxelles pour donner un chœur parlé. On grimpait sur des tables de café, sur le billards et on déclamait. Je revois encore Paul Meyer, habillé tout en noir avec un casque de SS sur la tête, il personnifiait le mal qu’il fallait abattre. Le ressort dramatique était des plus simples : nous sommes les bons, les capitalistes et les nazis sont les mauvais, il faut les abattre ! Cela dit, cela a marché formidablement(…)» Entretien avec Lucien André, par Richard Kalisz, |
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Insertion : 01/03/2008 |
Conception : Maurice Grosjean - Apports : Frédéric
André - Elaboration : Louis Pieters © Frédéric André Contacts |
Mise à jour : 3/03/08 |