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Version 2, avril 2007

Ils se souviennent…

INTERVENTIONS ALPHABÉTIQUES.

Le Commandant Claude.

«Ma première rencontre avec Lucien André eut lieu à la Cité universitaire de l’Université Libre de Bruxelles, à la fin de 1945, à la sortie d’une de ces conférences qui attiraient alors une foule d’étudiants curieux, passionnés, à la découverte de vérités neuves dans un monde nouvellement libéré. Dans le hall, au milieu d’un cercle animé, je fus, j’hésite à dire : fasciné, mais cela s’en rapprochait, par un jeune homme qui parlait avec, autour de lui, une sorte de rayonnement lumineux. Est-ce Albert Dupuis, qui me servit d’introducteur dans ce groupe dont j’ignorais encore où il me conduirait, qui nous présenta ?

«C’était, me dit-on, "le commandant Claude", nom de guerre de Lucien André chez les Partisans armés.

«Qui l’avait introduit à l’Université, lui qui n’y poursuivait pas d’études ? Sans doute Fernand Lefebvre, poète incandescent à la tignasse noire et à la parole coupante, qui était communiste comme lui… »

Maurice Grosjean,
9 avril 2005



Comptable de chaque peine

«Lucien André n'a plus rien publié depuis bien des années et je m'en veux d'avoir sans doute une part de responsabilité dans son silence : je l'ai contraint à l'action.

«Mais c'est ma joie de pouvoir dire qu'il a transformé ce qui eût pu être vie administrative en éveil d'homme, amour des Lettres, création personnelle, poésie partout présente.

«Les poèmes qu'il publie aujourd'hui, c'est en fait le chant d'une équipe tout entière par celui de ses membres qui porte le don du mot et du rythme, par celui d'entre nous qui, dans l'expression personnelle, redit le mieux la volonté de tous.

«Les textes sont d'un homme qui se veut responsable, que ses «raisons de vivre» mènent normalement à la conscience des autres — à la dimension du monde—, qui a gardé intactes, à l'âge d'homme, les révoltes de l'adolescent des guerres d'Espagne, du maquisard de 40, du victorieux épouvanté du soir d'Hiroshima.

«Sur ces pures révoltes, «il n'en finit jamais d'inventer le futur »,

Comptable de chaque peine
de chaque homme qui tue
de chaque enfant assassiné
de chaque peuple étouffé.

«Certains poèmes sont des combats que je lui donnerai mission quelque jour d'aller mener en Chœur parlé sur les places des villes ou à la sortie des usines.

«Et à travers tous ses poèmes, la permanente présence d'un long amour et la complicité avec le cycle rude des saisons de l'Ardenne.

«Après Géo Libbrecht, voici un autre poète français qui, en fin de volume, retourne à son dialecte et je n'en cache pas ma joie profonde: je voudrais tant, pendant les vingt ans qui nous restent pour écrire en wallon avec l'espoir d'être compris, que les quelques grands poètes de ce pays qui savent le dialecte, assurent au Wallon et au Picard une mort étincelante, qui contraigne les poètes et les chercheurs de l'avenir à assurer sa haute mémoire.

«Cantèz, cantèz, no bia èfant.» »

Marcel HICTER
par préface au Jeu de l'Aube



Lucien André et l'éducation permanente.

«Quelques années après son décès, le hasard, allié de quelques chaleureuses amitiés, m'a permis de prendre connaissance des archives qu'il nous avait laissées.

«Je pensais bien connaître Lucien André.   Je me trompais : en découvrant —trop rapidement— ses archives, j'ai réalisé quelle production considérable avait été la sienne dans tous les domaines de l'Éducation permanente.   J'ai aussi retrouvé l'homme chaleureux qu'il avait su être, mais cela, je le savais déjà.

«On l'appelait "Troubadour" aux C.E.M.E.A. (Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active) dont il parlait souvent avec un brin de nostalgie.   Je crois qu'il avait joué un rôle important aux C.E.M.E.A., et il ne voyait pas sans regret apparaître les rides de l'association.

«Troubadour, tout compte fait, est un totem qui lui convenait bien. Sa carrière fut un long chant d'amour à l'humanité.

«Je n'ai pas eu le privilège de fréquenter longtemps Lucien.   J'ai dû un jour faire appel à ses services pour prendre en charge un stage de marionnettes.   Cette activité nous a réunis de temps à autre pendant quelques années.   C'est en travaillant à ses côtés que j'ai découvert toute la richesse du personnage.  Il nous a appris à travailler à l'économie, pratiquement sans moyens.   Des bouts de tissus, des papiers déchirés, devenaient des oripeaux magiques qui racontaient des histoires pour embellir la vie.

«La construction, puis l'histoire.   D'abord le savoir-faire, puis le savoir-être.  Quand chacun dans un groupe a réalisé sa marionnette, il s'est projeté dans son personnage, il a créé un personnage à son image, même s'il n'en est pas conscient.  Et quand il faut imaginer une histoire où tous les personnages de tissu et de papier doivent exister ensemble, c'est tout un groupe qui doit apprendre à vivre ensemble.  C'est un bout d'apprentissage de la démocratie qui se met en place.  Un petit bout sans doute, mais un grand pas pour l'humanité.

«Cette démarche, à travers l'activité spécifique de la marionnette, c'est celle de l'Éducation permanente, et c'est dans cette démarche globale que Lucien trouvait à s'exprimer, et amenait les autres à s'exprimer.

«La notion d'Éducation permanente est un concept contemporain.   Lucien André se réclamait de l'Éducation populaire.   Nous ne lui ferons pas un procès pour autant.   Ces deux formulations représentent d'ailleurs des concepts très proches parents.  Le changement de dénomination n'implique pas un changement de démarche.   On redécouvre aujourd'hui à grand fracas des idées présentes sur le marché culturel depuis cinquante ans.

«Lucien André fut cet artisan discret qui sut amener modestement sa pierre à l'édifice du bonheur de l'homme.»

Maurice MOLLE,
Directeur général honoraire des
Affaires culturelles de la
Province de Hainaut,
3 juin 2005.



Authentique, courageux, sensible, …

«J'ai bien connu Lucien André. C'était un type authentique, courageux, sensible.

«C'était quelqu'un de décidé et de délicat... de terriblement discret.»

Roger SOMVILLE,
Peintre
3 juin 2005.



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