A Marcel Hicter

Je vois
malgré les longs doigts inquiets
de cette présente pluie
malgré les arbres dépeignés
de l'hiver nu et sans phrase...

je vois loin devant moi — un monde inespéré

Un village s'éveille dans les fougères de rosée
Les roses déposent leur songe de cristal
et déjà les lilas saluent les gestes du soleil

Une jeune fille s'en vient d'un chemin
que nul ne connaissait de haute mémoire

Elle porte un écureuil dans ses bras

Ils se parlent longuement — en paroles de pur regard
ils s'entendent — ils sont de connivence

Le jour cueille la peur de la nuit
le ruisseau des craintes passées

Ce jour-là — je pourrai déposer mes bagages
vous transmettre la clef du chef-d'œuvre
doucement me fermer auprès de toi
comme liane d'automne auprès d'un seuil
longtemps modelé à l'image de l'impossible

Ce jour lointain — je le porte en moi

Les ténèbres sont lourdes — camarades
il faut marcher — Prenez-moi la main