Mon ambre et mon soleil
la lumière commence à tes yeux
et retourne à tes yeux
tu offres toujours un rayon d'avril
un brin de lilas blanc
pour les rues de Paris
et celles de ton quartier
l'eau froide du matin
cette seconde volée au monde
et qui n'est ni sommeil têtu
ni travail honteux
la franchise même de l'orange
sans détours
et le regard des couleurs
sans atour
et la parole tenue de tes visages
je t'ai vue naître fruit
je te vois mordre aux fruits
sans détours
tu ne demandes rien que toi-même
et mon rire et ma main parfois
et la voix et les bras de notre amour
rien d'autre pour affronter la saison nouvelle
ses pétales repliés
ses nids comme volés à regret
et ce qui traîne – au fond des rivières trop froides
mon fils
pour lever les yeux vers l'étoile
se souvenir d'un pays en Île de France
où la grande patience de Dieu se promenait
pour mesurer nos racines à ton bourgeon
nos inquiétudes au filet de ta voix
et ramener enfin le bois vers l'aubier
ton monde merveilleux
notre monde miséreux
aux mêmes cendres du foyer
toujours possible du même amour
LE PAIN PARTAGÉ,
NL-Haarlem B-Malines F-Paris, Editions du C.E.L.O., 1953,
D.R.