IV – Ballade funèbre pour Cristino Garcia
et ses camarades.
en mon cœur
en ton cœur
en cette terre bonne et fidèle de l’amitié
et voici qu’en nos cœurs
dix roses rouges sont écloses
voici tout mon être encore
l’aube blanche du corps de ma tant aimée
et les muscles vivants de mes vivants camarades
votre grand sommeil de mortels assassinés aux frontières de ce
profond actuel
en nous-mêmes, voici de paisibles paysages où dans la lumière
chante la couleur de vos regards
voici les herbes, les sources, les bêtes aux souples attaches
et les branches aux fluides rameaux comme pluie arrêtée de ce paysage
et les femmes aux nobles démarches, les enfants rieurs aux yeux de mûre
les compagnons aux haines de poignard, aux joies de guitare
et tout ce qui fit votre raison de mourir, notre raison de vivre
voici des cités et des cités encore que pour vous nous portons
en nous
et qui bourgeonnent et qui résonnent
couplant de belles machines et leurs longs cortèges
fredonnant vos exploits en coléreuses litanies
comme du blé que l’on sème
des balles qu’on égraine
et pour votre souvenance
qui demain sera goutte de vie en nos veines
voici la route qui reprend
de semence et de sang
la route éternelle de notre éternel printemps
mes mots, mes mots de poète
pour vous dire que nous sommes innombrables
droits et roidis comme une armée qui se soude
et dont les pas à toutes volées sonneront
Espagne … Espagne … Espagne …
pour nos poings simples et nus
voici vos noms de pierre et de feu
comme des grenades
voici le ciel enfin de ce paysage
tout bleu, le soleil rouge
rouge et bleu
couleurs de votre amour
couleurs de notre sœur l’espérance
couleurs de Liberté
en mon cœur
en ton cœur
en cette terre bonne et fidèle de l’amitié
et voici qu’en nos cœurs
se sont écloses dix roses rouges