21 octobre 1945,
LE DROIT DE…
le droit de marcher dans les rues des villages et des cités
le droit de crier : Bonjour soleil, bonjour clarté !
le droit de nommer ses semblables
avec
les mots du cœur, paisibles de douceur
des
mots droits et de chaleur
le droit de fouler les grandes renoncules des prés
de
pêcher le nénuphar, au clair de lune
si
cela chante, de courtiser les sirènes
au
bord d'un quai
le droit de se soûler de printemps, de sauvages verveines
de
retrouver Paris tout entier au détour d'une balade
de
parler en frère aux bêtes qui toujours nous attendent
le droit de trouver laides ces usines
le droit de rêver aux machines que nous bâtirons
belles
et harmonieuses
pour
le plus pur ravissement de nos gais compagnons
le droit d'aimer mon Pays
le
dire et le redire
de
vouloir l'inonder de fleurs, à en crouler
de
bonheur
le droit de prendre et de semer partout
ces
richesses enfantées du sol, de l'air et du feu
le droit de cueillir la rose qui s'abandonne
de
goûter le raisin du voisin et qui n'est à personne
le droit de caresser le front des enfants
d'aimer
ses vieux, sa maman, son adorée
de
les chanter à voix de gorge ou de tête
le droit d'être sur la terre
de
la proclamer merveilleuse et bonne
de
toute la force de son être, avec ses camarades
la
modeler à l'image de l'homme.
CHANSONS POUR NAUSICAA,
B-Bruxelles, 1950, Les Cahiers de la Poésie Nouvelle,
D.R.
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