en_tete
Version 2, avril 2007

DÉCEMBRE 1942

Ce n'étaient plus les mêmes mots rôdant par ce dangereux silence
                 leurs pattes crochues
                 leurs regards de méfiance

ce n'étaient plus les mêmes étoiles
                 ces graminées égarées dans le ciel

ce n'étaient plus les mêmes remous citadins
                 le même froid des épaules
                 au ventre, la même faim

ce n'étaient plus les mêmes pluies, toujours ennuyeuses pluies
                 se redisant pluie de gouttières en oublis

ce n'étaient plus les mêmes express harassés de dollars, de vitesse
                 leurs belles inconnues
                 leurs paysages glacés de tristesse

ce n'étaient plus les mêmes maisons du pays brabançon
                 leurs petits garçons chevauchant en rêve de douces juments

ce n'étaient plus les mêmes bras du meneur de charrue
                 aux bras de l'épouse, enlacés pour le clair et l'obscur

ce n'étaient plus les mêmes forêts jaspées d'ombre et de soleil
                 leurs oiseaux affairés
                 leurs biches aux paupières de vierge

ce n'étaient plus les mêmes pâquerettes des prés
                 demoiselles aux gestes d'évangile
                 disques blancs et jaunes pour chemins d'insecte

C'était la vieille Europe, hurlant l'injustice, le dégoût jusque par la bouche de ses égouts

c'était la ville, la nuit sur la ville et ses domaines

c'était la haine

c'était la terre
les croix et les vengeances de fer

C'était la guerre.

CHANSONS POUR NAUSICAA,
B-Bruxelles, 1950, Les Cahiers de la Poésie Nouvelle,
  D.R.

  
© menu : Tigra Menu
Recherche interne
avec Google :
Insertion :
6/06/2005
Conception : Maurice Grosjean - Apports : Frédéric André - Elaboration : Louis Pieters
© Frédéric André
Contacts
Mise à jour :
15/04/08