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Version 2, avril 2007

Le ROMAN PARTISAN est une œuvre de grande ampleur écrite de 1939 à la fin de la guerre, remaniée ensuite, restée inédite jusqu'en 1981.  Il se compose -selon l'expression de Lucien André- de "proses poétiques... destinées... avant tout à l'audition d'un ensemble de récitants soutenus par le rythme du choeur parlé".  La Finale débute ainsi :

Finale

Laissez-moi maintenant quitter ce ton.

Laissons un moment autour de nous les brises levées de cette belle et enivrante histoire.

Redevenir un homme, n'importe lequel...

un peu comme enfant avec son simple plaisir de lancer au vent des bulles de savon.

Laissez-moi troquer un instant le verbe "Il était"

pour celui plus rempli de promesses "Il y aura".

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Sur la terre que les hommes auront aimée jusqu'à la mort et la vie, viendra le printemps puis l'été fidèle.

Après nos retrouvailles luisantes de joie, en cette Europe retrouvée un jour, un grand moment calme et suspendu sonnera ainsi que dans l'infiniment petit monde s'annonce le végétal par sa première et tendre verdure.

Une grande paix planera légère dans le ciel.  Dans les étendues tout sera fluide et semblable aux envols des oiseaux gris, bleus et rouges.

Nos corps baignés, dévêtus de leur noblesse journalière, seront d'une jeunesse nouvelle dans l'air qui lentement passera sur chaque ombre et contour de notre chair.

De grandes frondaisons s'épanouiront, heureuses de maturité et de germinations, à l'avant de la jetée des temps à venir, et de multiples fleurs, de multiples fruits.

Ce sera un moment d'harmonies idéales, un point d'orgue immense, un accord inaugural, un écho de bourdon, un air de campanile dans le soir.

Nous passerons la main sur le front, étonnés de la sentir libre et non plus anxieuse et crispée mais enfin une main qui s'abandonne et entière est à l'homme.

Nos fronts, frais et lisses à nouveau, gagneront non pas cette fraîcheur première que sans effort reçoivent les enfants de la terre, mais une autre fraîcheur plus grave et mieux balancée, mûrie pour nous.

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Oui, mes camarades, je vous vois au-dedans de mon silence bien plus réels qu'en votre chair.  Un beau jour le monde sera tel ces visions parfaites.

Chacun de chez soi s'en ira ce jour ainsi que le voyageur antique et sans nul autre bagage sur ses fermes épaules que sa tête où reposent les souvenances apaisées...
vers la tribune du monde s'en ira et nous serons à nouveau tous ensemble, camarade, tous ensemble.

Il y aura un moment de silence tel celui qu'avant la Création connurent les espaces interplanétaires.

Un chant montera des entrailles des continents et des mers, chant que nos lèvres à leur tour laisseront s'écouler dans le soir.

Puis ce chant. insensiblement fleurira, fleurira toujours et encore ainsi que dans le passé flamboyait notre poème de sa légende.

En nous-mêmes, se nouera un bouleversement tel qu'il nous faudra serrer les poings, tendre chaque muscle de ce corps afin de rester dignes devant ce soleil qui se couche revêtu de cette gloire entière que nous lui avons conquise.

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Camarade Commandant National, le verbe "Il y aura" est remis en son tiroir de futur et l'autre verbe "Il est" reprend sa rigueur.

Il est au début des rails une locomotive qui m'attend sous pression..

Il est au début des rails d'autres camarades qui m'attendent.

Camarade Commandant National

donne tes ordres

le train

va partir.

LE ROMAN PARTISAN, 1939-1945
B, Ed. collective, 1981;
D.R.

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