Version 2, avril 2007

Quoi de neuf ?

Lauró, le 8 mai 2008,

Pour le mois de mai, une simple dédicace, un poème sans titre écrit en 1951.

Paroles murmurées à un tout jeune enfant, nourries des souvenirs que son père et sa mère partagent avec le poète.

Comme dans une composition musicale, des thèmes apparaissent, s’entrecroisent, se superposent. . . (M.G.)

mai fixé depuis des lustes dans l'Almanach dit de Liège
© Editions Casterman, Almanach dit de Liège,

VISAGES OUVERTS 1

 

à Marie-France Deprez

J’écris ce poème le huitième du mois de Mai
de l’an dix neuf cent cinquante et un
pour une enfant qui vient de naître,
il y a un an à peine.

Ecrire, sachant très bien comment
                         vous le comprendrez
écrire, parce que je sais le fond
                         des yeux de mes frères

parce que les grévistes d’Espagne continuent
                         la fierté des Octobres
l’orgueil des hommes et le droit des cités
                         en leur coin de planète
vous entendez : le huitième jour du mois de Mai.

Marie-France
Sainte Marie
France des Roses

en ce pays de charbon
où le soleil est pauvre ainsi que ses ouvriers
Marie-France enfant l’on chante
à fond de gorge —à lourde voix
de beau métal —de lumineux charbon

Marie-France
en ce lointain jardin de tes roses
que le précieux coquillage de tes oreilles
que le vent sans remous de tes yeux
s’émerveillent —et regarde
écoute au fond de ta blanche
éternelle innocence
enfant de ceux qui me sont compagnons

je connais —comme de l’avoir porté dans ma chair
le double carillon de tes noms —campanules :
Sainte Marie mère des hommes
souche des seigneurs —racine des poètes
humble maman des travailleurs
que tous ensemble nous sommes

Sainte Marie —notre multiple maternelle
pain de notre espérance —rompu chaque jour
compassion des mains jointes
ne pouvant plus que se tordre
image effacée des larmes
la plus passionnée —la plus blanche
la plus présente —arme de notre amour

Sainte Marie de France
du pays des roses et des blancs lilas
des tombes étrangères et parisiennes
qui fleurissent du muguet en Mai
et jamais ne sont oubliées

France de barricades aussi claires que matin
et si je dis barricade et matin
ce n’est pas d’un seul matin que je parle
d’un seul lendemain de terrestre nourriture
mais la beauté —enfin— de ton fils —de tes fils

les rivières chantent en ton pays de Meuse
ici comme partout la chanson des ajoncs
celle des joncs —des oiseaux-pêcheurs

les rivières chantent le travail bien-fait
à la mesure des heures soeurs
à la mesure des hommes vivants
dans les pierres —dans le fer— dans l’air

des hommes et des femmes de toute beauté
et qui chantent à lourde voix
de charbon —de métal et de terre
notre terre emmêlée de sang —de cailloux
même aux cieux —ainsi sera

            ° ° °

Marie-France aux coquillages étonnés
aux yeux de vent sans remous
la pluie tombe en tes jardins
et personne ne pleure le Mai
aux feuilles pleureuses —aux fleurs frileuses
si ce n’est en la chaleur des paumes jointes
dans la caresse déjà de l’oiseau futur

Marie-France Marie-France
je chante de ma gorge où nichent
deux tourterelles anciennes —vivantes
une chanson dont je ne connais que la rose
Espagne

Espagne —Marie-France
car ceux-là qui t’ont vue à l’éveil
ainsi que le ciel de la crèche
sont tout criblés d’étoiles
lorsque monte de la nuit le son
des colères et des guitares d’Espagne

et chaque étoile est une blessure
qui coule de sang et d’amour
depuis tes rives mosanes aux herbes roses
depuis mes quartiers où la nostalgie
de ce que je nomme : froment de lendemain
s’échoue aux prairies rases des terrils

une étoile de sang qui coule
jusqu’en Castille —l’Estramadure
Barcelone ou Murcie ou Madrid —je ne sais
je ne sais que fredonner le bourdon
de ces noms de velours qui pour ta naissance
et celle de mon fils ont brûlé en juillet

Marie-France
même si ces mots qui me font douleur
ne sont pour toi que paroles de feuillage
reçois ma chanson —en tes mains étonnées
— même de l’air —étonné de tes douces caresses

Lauró, le 15 avril 2008,

En 1944, c'est encore "la guerre" et pourtant "la terre chante".

En 1964, Lucien André anime un Stage d'expression dramatique. Il voit les jeunes "jouer l'avenir".

Deux poèmes ainsi pour ce mois  (M.G.) :

Extrait des Chansons pour Nausicaa,

25 AVRIL 1944

est, après un mois de figuration ici, cf. notre indication de décembre 2007, retourné dans le recueil qui le contient.

 

Expression libre

Funambules des fuseaux horaires en
équilibre au-delà des minuits

Camarades impossibles
nous abolissons les distances
et posons la noble équation du partage

Dans leur beauté d'avril
nos garçons et nos filles chantent
dansent le trésor des larmes
des bonheurs du passé

Ils jouent l'avenir —ils le gagneront semences
d'homme
racines d'éternel

Genval, le 6 avril 1964.
Maison Nationale de la Jeunesse,
Stage d'Expression dramatique.


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Lauró, le 14 mars 2008,

Premier printemps d'un pays libéré... mais, au loin, la guerre continue... :

14 mars 1945

transféré en son recueil Chansons pour Nausicaa, par relais aux poèmes pour avril cf. la décision prise en décembre dernier,

 

Lauró, le 1er mars 2008,

Lucien André s’exprime en prose...

Quand Lucien André prend la plume, habituellement, c’est qu’un poème est en attente.

Mais si, à notre connaissance, il n’a guère écrit de textes théoriques ou critiques, nous avons de lui quelques articles, quelques pages de souvenirs… Voici trois textes.

  • Le premier date de l’immédiat après-guerre : POÉSIE ET RÉSISTANCE prend place dans la section  Pays occupé Pays libéré.
  • Le deuxième, L'ESPRIT DU POÈTE ET DU PEUPLE, est un article paru dans Le Portulan, journal du Cercle littéraire de l’U.L.B.  Il parle d’un poète espagnol «engagé à parler pour le peuple» et nourri par le parler populaire.  Il trouvera donc sa place dans la section Culture populaire.
  • Le troisième est constitué d’extraits d’un entretien que Lucien André eut avec Richard Kalicz en 1981.  Il y est question de son expérience du CHŒUR PARLÉ .  On le trouvera aussi dans Culture populaire.
    • Il y est beaucoup question  de Paul MEYER, qui est mort il y a quelques mois. Nous lui consacrerons un chapitre dans Affinités.

Mieux que les poèmes, ces écrits invitent à la discussion.  Vos réactions sont les bienvenues dans le Forum.


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Lauró, le 1er février 2008,

Poème choisi pour illustrer février (cf. décision du 6 décembre 2007), Dju rwète... est écrit «dans l’hiver de 1959-1960» et dédié à Marcel Hicter.

Celui-ci était le Directeur du service du Ministère de l’Éducation nationale et de la Culture pour lequel travaillait Lucien André (voir son témoignage dans la rubrique Ils l’ont connu) –il était donc «le maître ouvrier», titre significatif de la fidélité du poète à ses origines ouvrières.

La vision de ce texte écrit en wallon et adapté en français par l’auteur («Je vois loin devant moi – un monde inespéré») nous introduit dans l’espérance (folle ?) qui a inspiré à certains l’entreprise de "l’éducation populaire".

On peut faire le rapprochement avec les mots d’Eluard récemment rappelés dans notre Forum :

«Cette félicité n’est pas impossible.»

Suivant la décision prise en décembre dernier, poème transféré dans le recueil qui le contenait à l'origine après son mois de figuration en cette place :

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Lauró, le 25 janvier 2008,

Il est aussi arrivé à Lucien André d’écrire des récits.  Et c’est en janvier –1950 – qu’il écrit CE QUE DIT L'ENFANT DU VIGNERON.

Le texte a paru dans l’édition belge des "Lettres françaises", le 17 mars 1950, avec la présentation suivante :

«Nous publions ici un admirable récit, que Lucien André a écrit pour le groupe des jeunes peintres de "Forces Murales"(1).  Ce texte sert de base actuellement à une série d'études du groupe qui réalisera, d'après elles, une fresque dans les locaux d'une École moyenne de notre pays.  Ce que dit le poète, ce que diront les peintres, les uns et l'autre intimement unis dans une même réalisation, c'est l'amour de la paix et du travail.  Plus tard, quand les images que suggère Lucien André auront pris corps sur le mur, se seront enrichies d'une autre réalité, nous reparlerons de l'enfant du vigneron que, selon la formule consacrée. nous donnerons à voir.  Mais dès à présent. ce que nous voulions signaler, c'est le travail d'équipe des jeunes artistes de notre pays.»

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(1) On se reportera pour ce groupe à notre évocation dans ce site de la figure d’Edmond Dubrunfaut.

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Lauró, le 6 janvier 2008,

Si vous tirez les Rois, aujourd'hui, nous vous souhaitons joyeuse fête ! Peut-être entendrez-vous, dans le lointain, deux voix connues criant "Le Roi boit !"... "La Reine boit!".

Suivant la décision prise en décembre dernier, poème transféré dans le recueil qui le contenait à l'origine après son mois de figuration en cette place :

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Passage…

HOMMAGES ET EDUCATION POPULAIRE

Trois hommes modelés par la longue épreuve du fascisme et de la guerre. Un même espoir les a portés. L'amitié les a unis. Lucien André est parti le premier. Edmond Dubrunfaut et Marcel Deprez viennent de le rejoindre voici quelques mois. Leur souvenir reste fraternellement lumineux.
Et ils appellent aussi…


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Lauró, le 6 décembre 2007,

Depuis sa création, ce site a complété peu à peu sa collection de textes de Lucien André. Et si nous essayions de suivre le poète dans sa création mois par mois ? "Lucien André, jardinier en poésie", avons-nous dit… Et qui plus que le jardinier est sensible aux changements apportés par les saisons ?
Nous allons donc tenter de montrer à nos visiteurs, sans tenir compte de l’année de création, des poèmes écrits en décembre, en janvier, en février… —ce qui conduira peut-être ceux qui les liront à chercher en eux-mêmes ce que leur inspire l’hiver— et à nous le dire : poèmes et proses seront accueillis avec amitié, avec promesse de leur faire place dans le site s’ils nous plaisent vraiment…

Il nous a paru sympathique d’illustrer le défilement des mois par des gravures extraites de l’Almanach de Liège. Rappelons pour ceux qui l’ignorent que la première publication de cet Almanach remonte à 1626 et que, sauf erreur, il a paru chaque année depuis (avec une interruption de 1792 à 1825). Il est actuellement édité par les éditions Casterman, que nous remercions vivement de nous avoir autorisés à y reprendre quelques images
Pour justifier ce choix, comment ne pas se laisser convaincre par le point de vue de Louis Pieters ?

Il est, selon nos enfances de natifs de 1937, assez couramment présent dans le petit peuple de la génération de nos grands-parents (Hainaut oriental), et je serais prêt à parier qu'il en fut de même pour Lucien André

Que cet almanach fût une bible, c'est s'avancer bien trop loin, bien sûr. Il avait néanmoins un rôle de conduite, de guide au quotidien : pour les travaux au jardin principalement, et aussi, avec son calendrier aux multiples précisions (saints patrons, lunaisons, phénomènes météorologiques, …), pour un entraînement à l'observation et à la découverte quotidienne et saisonnière,et, partant, à la perception, à l'acquisition d'un rythme.  Les "Remarques d'un vieux cultivateur", conjuguées à des proverbes et dictons, imposaient le respect à l'égard des anciens, équilibraient science et sagesse, incitaient à la prise de relais, imposaient le sens d'une continuité.
   Devinettes et petits jeux l'agrémentaient, qui animaient enfants et grands rêvant communément par ces illustrations qu'on retrouvait immuables d'année en année… et dont on ne se lassait pas…

Pour les quasi acculturés de cette époque, il était la Lecture, quasi unique —et vécue et goûtée—, pendant laïc (masculin) du missel féminin et réunissant les membres d'une maisonnée de trois générations souvent; par ses attraits divers propres à toucher chacun, il charmait, émerveillait et éduquait tout à la fois, tenant, s'il le fallait dans une poche, mais le plus souvent déposé sur le support de la cheminée; il s'associe d'ailleurs en nos mémoires d'enfants d'alors, à "chaleur"

Or pourquoi ce temps du passé quand il continue d'être publié, toujours tel en son aspect, en sa composition, en ses intentions et en même temps attentif aux apports humains et aux changements ainsi engendrés ?

Le rideau se lève sur

Suivant la décision prise ci-dessus, poème transféré dans le recueil qui le contenait à l'origine après son mois de figuration en cette place :

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Lauró, octobre 2007,

Les XVII POÈMES SUR LA PASSION DE CARL RABUS font leur apparition sur le site.

Selon toute vraisemblance, le poète et le peintre se sont rencontrés en 1945.  Le poète est sorti depuis peu de quatre années de résistance armée et de clandestinité.  Le peintre vient de quitter la prison allemande où il purgeait sa peine pour "indignité raciale".

Rabus vient de graver sa Passion.

Lucien André a sympathisé avec l’homme :

«(Erna) me racontait que Lucien avait été un très bon ami de Carl Rabus.  Ensemble ils avaient eu  souvent des moments très agréables à cause d’une concordance profonde. (extrait d’une lettre de Rosi Fûhrer, 16 avril 2007).

Il découvre l’œuvre.  Le choc qu’il ressent a donné ces poèmes.

Carl Rabus, Lucien André, Judith Van Montfort, D.R.

Nous avons une pensée émue pour Erna Rabus, qui, peu de jours avant sa mort, nous a autorisés à reproduire sur notre site l’ensemble des gravures de la Passion.

Nous exprimons notre plus vive reconnaissance à Madame Rosina Führer pour l’aide précieuse  qu’elle nous a aimablement apportée.

Le guide suivant vous fera découvrir Carl Rabus, puis sa PASSION (gravures accompagnées de sortes d'épigrammes) conjuguée à l'inspiration qu'elle provoqua sur Lucien André :


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Lauró, le 6 août 2006,

Quand, le 6 août 1945, la première bombe atomique est tombée sur Hiroshima, le monde n’a pas vraiment compris l’horreur de ce qui venait de se produire : après cinq ans d’une guerre épouvantable, cela passa pour un dernier fait sanglant qui annonçait l’adieu aux armes.  La conscience ne vint que peu à peu, avec une information plus précise et avec les craintes que faisait naître une nouvelle arme terrifiante.

Le poème de Lucien André que nous reproduisons, LES ENFANTS D'HIROSHIMA, n’a paru qu’en 1965, en prologue au Jeu de l’Aube, mais il a été écrit en juin 1954.

Si vous souhaitez, au terme de cette lecture, connaître mieux le propos et vous impliquer peut-être, nous avons retenu les quatre sites suivants :


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Lauró, le 16 avril 2006,

Printemps 2006.  Nous ouvrons un recueil inédit : DIX-HUIT POEMES DE L'AMOUR EN GUERRE, datés des premiers mois de 1946.

Soixante ans…c’est assez pour que la plupart des lecteurs actuels aient du mal à se représenter le temps qui a inspiré ces textes.

Les affreuses années de l’occupation hitlérienne se sont terminées depuis à peine plus d’un an.  Il y a moins d’un an que les camps d’extermination ont été découverts.  Lucien André, résistant armé, vient de passer de la nuit de la clandestinité à la grande lumière : il vient de retrouver «le droit de marcher dans les rues des villages et des cités».

Poète, il est en pleine sympathie avec les poètes de la Résistance.  Cette première grande œuvre écrite après la Libération, il en emprunte presque littéralement le titre à Paul Eluard : Les sept poèmes de L'AMOUR EN GUERRE avaient paru clandestinement dans le Lot à la fin de 1943, avaient été republiés à Cahors à la fin de 1944.  Le Lot —hasard des rencontres—, Lucien André y avait passé plusieurs mois en 1940 et y était resté attaché (il écrira bien plus tard Le Vin noir de Cahors).

Les XVIII POEMES DE L'AMOUR EN GUERRE sont dédicacés à Loys MASSON, dont la rayonnante et originale personnalité (poète mauricien, résistant français, profondément chrétien, résolument communiste) l’avait séduit.

Autre curieuse rencontre.  Pendant l’été 2004 se déroulent à Tours  «les sixièmes rencontres littéraires dans le Jardin des Prébendes» vouées par Madame Réault-Crosnier à la «réhabilitation» de Loys Masson.  Or au même moment  naît dans l’esprit de ceux qui l’ont connu le projet de «réhabilitation» de Lucien André -dont est sorti ce site.  Les deux poètes qu’avait rapprochés une commune ferveur se rejoignaient ainsi soixante ans après. 

Quand il écrit les XVIII POEMES DE L'AMOUR EN GUERRE, Lucien André est une des figures marquantes du Cercle littéraire de l’ULB, enthousiaste cohorte de jeunes poètes portés par un grand rêve de liberté et de fraternité.

Rêve : car le monde issu de la guerre répond très mal à leurs aspirations.  La guerre, l’oppression, comme des feux mal éteints, repartent un peu partout.  Cette suite de poèmes est jalonnée de noms qui sont comme des cicatrices : Espagne, Madrid, Asturies, Athènes, Jaffa, Suez, Indes, Indonésie…

Dans le monde immense, bigarré, intensément vivant, passionnément épris de liberté qui vient de s’ouvrir devant les yeux du poète, «tonnent au carnage avions et bateaux enfantés de la vieille Europe».

Le poète exprime sa solidarité envers les «camarades nus», les «camarades bronzés» et en appelle à la solidarité des «camarades soldats de Sa Majesté britannique» et à ceux «des si proches Amériques»…

Ces dix-huit poèmes se succèdent dans leur reproduction in extenso et donnent par ailleurs l'occasion de rendre hommage à leur dédicataire, Loys MASSON :


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Lauró, le 6 décembre 2005,
à Frédéric, bien attentivement, pour cet anniversaire.

Une présence s'impose dans ce site : celle de Judith Van Montfort, la compagne des bons et des mauvais jours.  Nous lui donnons la place qui lui revient : la première, celle de

"Nausicaa des tendresses premières
"Nausicaa des révoltes
"des enfants rachetés à la vie
"des soirs d'incendie, des poings clandestins
"des journées pavées de dalles blanches
"en ces noirs lendemains."

Présence de Judith

Judith Van Montfort est née à Bruxelles le 6 décembre 1918 en même temps, à peu d’heures près, qu’à Haine-Saint-Pierre naissait Lucien André.

Ceux qui les ont rencontrés plus tard résistent mal à l’impression qu’ils étaient destinés l’un à l’autre.   Le couple qu’ils ont formé s’imposait comme une sorte d’évidence : comment imaginer Lucien sans Judith, Judith sans Lucien ?  L’image résiste, obstinée, niant la dure réalité des dernières années :

Présente dans sa vie, Judith est aussi, de façon diffuse ou affirmée, présente dans l’œuvre de Lucien André.  Qui dira la part, dans ces poèmes, de la sensibilité, des émerveillements et des indignations de Judith ?

On pourra lire ou relire, dans cette lumière :

Par ailleurs, Judith avait une personnalité rayonnante à laquelle allaient spontanément admiration et sympathie. Un ami du couple la décrivait ainsi :

"Le trait fondamental de sa vie c’est à mon sens, celui d’une humaniste au service des autres. Judith a fait de la résistance, elle a aidé des gens à se cacher parce qu’il n’était pas possible de supporter humainement un monde d’obscurité et d’oppression. Judith a été aux CEMEA, MISS animatrice reconnue et admirée parce qu’elle voulait, avec d’autres, aider les jeunes à développer en eux le meilleur de leurs qualités humaines. Elle a été une femme et une amie qui, par les discussions et les échanges d’idées établissait par le dialogue des liens humains très forts.

"………………………………………………………

"Forte personnalité, dotée de volonté et d’énergie, passionnée de justice, subissant avec indignation notre société si éloignée de ses rêves d’égalité et de solidarité, elle aura, tant que les forces lui ont été conservées, cherché dans l’amitié et dans le rire à épancher et à partager les trésors de sa sensibilité et de sa culture."

André Van Aelbrouck, à ses funérailles


En 1979, Judith VAN MONTFORT et Esther OFFENBERG
préparent le tournage du film COMME SI C'ÉTAIT HIER,
consacré aux enfants juifs sauvés par la Résistance belge
durant la guerre de 40 - 45.

Il va de soi que ce chapitre peut se clore sur une

Fascinante image indélébile.

«Il m'est impossible de vous parler de Judith seulement -ou de Lucien seulement.  D'abord, parce que je les ai très peu connus, et surtout parce qu'ils me sont apparus uniment souriants et naturellement accueillants, calmes, confiants et doux, Lucien simultanément en rêve constant, doucement tenu en quotidien par Judith imposant une beauté racée et noble, un port de grâce naturelle ("sœur siamoise, pensai-je malgré moi de Madame Grosjean -Christiane Sire-"; je ne découvrirais que beaucoup plus tard, voyez comme vont les choses, que les deux couples étaient profondément amis).

«C'était à au domaine provincial de "La Louve" à Saint-Vaast, près de La Louvière, au moment d'une pause dans une formation de normaliens aux méthodes actives où ils s'occupaient de l'atelier consacré aux marionnettes.

«Plus âgés d'une vingtaine d'années que les autres formateurs, Judith et Lucien auraient pu se sentir étrangers, mal à l'aise, hors du coup ou, à l'inverse, se comporter en aînés paternalistes, assurés de leurs expériences. Non : à la fois discrets et intensément présents, ils ne dérapaient pas dans le ton post soixante-huitard attardé, ni ne se tenaient en aparté perdu; ils allaient, calmement dynamiques, jovialement dynamiques et sans ostentation à l'amble de ce courant de l'éducation permanente où l'égalité autant que le respect sont loi naturelle.

«Ils auraient pu, à l'inverse, être poliment tenus à l'écart, perçus incongrus par la jeune équipe qui s'imaginait réinventer le monde, ou, du moins, la pédagogie. Si le "vous" pouvait rester dans les rapports entre eux et nous, il n'était qu'une trace tenace d'éducation : nous n'allions même pas jusqu'aux "Ah! vous connaissez ces démarches pédagogiques depuis si longtemps ? Comment cela ? Avec quels groupes ? Pour quels effets durables ?, etc.; nous étions ensemble simplement, dans le même mouvement de foi enthousiaste.

«Mais ce qui me reste surtout, après tant d'années, c'est, davantage que leur aisance confiante et souriante dans le métier, cette image -cette réalité !- fascinante du couple lumineux et exemplaire au regard "dans la même direction" communément pêcheur sincère du "Dis-nous, raconte-nous qui tu es, enrichis-nous de toi".»

Louis Pieters


À Forrières, en 1965,
Judith et les marionnettes réalisées au cours d'un atelier de "Lecture vivante"

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Lauró, le 14 juillet 2005,

Après l'ouverture du site le 6 juin dernier à l'aube (ce moment n'était pas innocent), voici, à l'occasion de ce 14 juillet 2005, au moins une page supplémentaire par chapitre :


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Lauró, le 06 juin 2005,

Le lecteur trouvera, pour commencer, un ou deux textes par page.  Suivront ensuite, par périodes à déterminer, d'autres textes qui élargiront la perspective.  Votre inscription à notre lettre d'information vous tiendra au courant si vous le souhaitez.

Nous inaugurons chacun de nos cinq thèmes déterminés avec :


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11/05/08